mardi 11 mai 2010

De l'utilité des libraires

Hier, on donnait le Prix des libraires québécois. Non, pas un prix pour les libraires, mais un prix par les libraires. Les gagnants sont R.J. Ellory (Vendetta) et Dany Laferrière (L'Énigme du retour).
Mais ce dont je voulais parler, c'est ceci: les libraires sont utiles! Ce n'est pas juste moi qui le dit, c'est monsieur Laferrière: «À mon premier roman, je pourchassais les libraires pour qu'ils mettent mon livre en vitrine, je leur téléphonais d'une cabine téléphonique, et ils me disaient: M. Laferrière, on n'a pas encore eu le temps d'ouvrir les boîtes... Un livre ne peut pas avoir de succès sans les libraires.» On trouve l'entrevue sur cyberpresse. Il ne dit pas seulement du bien des libraires en général, mais aussi des libraires indépendants en particulier.

Puis, avec ces bonnes pensées en tête (« je suis utile! »), j'allai ce midi à la bibliothèque me chercher un polar à dévorer. Oui, les libraires vont parfois en bibliothèque; non, je n'achète pas tous mes livres. Pour lire tous les Westlake, en plus des Richard Stark (qui sont des Westlake, tout le monde sait ça), il me faudrait un budget spécial. Tiens, c'est une idée.


Toujours est-il que me voilà en train de faire des recherches au terminal de la bibliothèque (ils n'ont pas La Rivière rouge, de John Hart, est-ce que je le fait transférer d'une autre succursale ou bien est-ce que je l'achète?) quand une demoiselle demandait à la bibliothécaire si Hésitation était le dernier, ou le troisième, des Twilight?
N'écoutant pas que mon courage mais aussi mon désir de me montrer meilleur que les autres (la bibliothécaire hésitait, bien sûr, mais elle aurait certainement bien répondu si je lui avais laissé le temps), je dis à la demoiselle: «Hésitation est le troisième tome: F, T, H, R.» Elle était contente, c'est là qu'elle était rendue.

Par contre, je n'ai rien dit du truc mnémotechnique, une phrase que mon collègue Christian Girard avait trouvé pour mettre de l'ordre dans la saga: « F@#$ The Human Rights »
Et en anglais (Twilight, New Moon, Eclipse et Breaking Dawn)? «The New England Buzz» fait la job, puisque la demoiselle (pas celle de la bibliothèque, mais celle qui est devenue multi-millionnaire en écrivant les Twilight) vient de Harford dans le Connecticut.

Ainsi vous pourrez vous rendre utile à l'occasion.

Photo: Le Devoir / Pedro Ruiz.

lundi 12 avril 2010

Brèves d’arrière-boutique.

Citation de la semaine : «Et puis, prétendre écrire pour les générations futures, ce n'est peut-être qu'une excuse alléguée par ceux qui n'écrivent pour personne.» (Pierre Jourde) Allez, encore une : «La postérité est un carnage.»

Désherbage (dégraissage) printanier à la librairie, section Basse-Ville. On a pu ainsi virer l’hippopotame, qui avait tout d’un dinosaure.

Représentoir : n.m. Présentoir. Vous est fourgué par un représentant. Vous en voulez pas? Dites que vous en voulez pas; on vous l’enverra quand même. La question placebo : «Le dernier Dan Brown sort, veux-tu un représentoir?».

Quand je vois un libraire chercher un livre en rayon, je lui fais immanquablement cette remarque : «Un peu plus à gauche!». Quelques-uns seulement savent que c’est un commentaire, avant tout, politique. ;-)

Édouard, notre «nouveau recrue», a fait l’expérience récemment, grâce au ménage de l’hippopotame/dinosaure, du complexe du libraire comme job de bras : «qu’on me dise plus que libraire c’est une job d’intellectuel». J’avais déjà un peu abordé la question ici.

Le problème avec le Salon du livre (de Québec, le SILQ donc), c’est qu’il a toujours lieu quand on a les premières belles journées de printemps. D’accord, cette année on l’a eu, le printemps, un peu d’avance et pas à peu près; sinon presque toujours, on se trouve avec l’alternative «air clim’ & lumière brutale» versus aller se faire dégeler la couenne au nouveau soleil.
D’où cette vieille idée, que je ressors : si on faisait le SILQ quatre à six semaines plus tard, mais dehors? Avec de beaux grands chapiteaux comme au Marché de la poésie de Montréal? (Pourquoi pas un barbecue?)

Je ne sais plus qui me l’a fait un jour remarquer : ne trouvez-vous pas que Saint-Exupéry ressemble à Mr Bean? (Excusez-le.)

vendredi 26 mars 2010

Lectures printanières de libraires à l'année.

Que lisent mes collègues?
J'ai encore une fois posé la question à quelques un d'entre eux, et voici ce qu'ils m'ont répondu:




Marie-Pierre : Le Sang de grâce (tome 3 de La Dame sans terre d’Andrea H. Japp);
Tania : Vendetta (R.J. Ellory); Le Grand loin (Pascal Garnier);
Fernande : Un monde sans fin (Ken Follett); Les mémoires du Docteur Wilkinson;
Julie : Nouvelles complètes (Nicolas Gogol);
Dominique : Février (Lisa Moore); Le Tombeau d’hiver (Anne Michaels);
Anne : L’insoutenable légèreté de l’être (Milan Kundera);
Anne-Isabelle : Avant les hommes et autres Nina Bouraoui;
Claire : Le nom du vent (Patrick Rothfuss).




Comme on le voit, c'est un portrait assez varié. Et vous, lecteurs, clients, amis facebook, que lisez-vous-tu?

vendredi 5 mars 2010

Que lisent-ils, je veux dire vous?

Dernièrement, je publiais ici les lectures en cours de quelques uns de mes collègues.
Puis j'ai eu l'idée de poser la même question aux 1080 amis facebook de la librairie.
Quelques-un m'ont répondu:


S.P. lisait Romans de Dashiell Hammett (La clé de verre, pour l’instant)
Lux Éditeur : Boycott, désinvestissement et sanction (à paraître)
L.B. : Mademoiselle Personne (Marie-Christine Bernard)
N.R.S recommençait Narnia.
C.L. lisait Les Troutman volantsà
L.O. lisait Les Chaussures italiennes, de H. Mankell. ;-)
C.D. Dérives, de Biz (un exemplaire autographié, en plus)
R.L. Écrivain lisait ses propres livres (ça change des auteurs qui ne se relisent pas)
S.-P. B. : La Porte (M. Atwood)
A.M. lisait Saisons de porcs, de Gary Victor
B.D lisait, entre autres, The Cantos (Ezra Pound) et Ecce homo (Nietzsche)
P.D.F. (!) dit que Moon Noon, de Percy Kemp, est un chef d’œuvre.
D.P. : L’Énigme du retour (D. Laferrière)
E.M. était dans Le Siècle de Louis XIV (Voltaire)
D.L. terminait le troisième tome d’une trilogie, L’Ange de la nuit (Brent Weeks)
C.G. allait bientôt commencer La Tombe du tisserand, de Seumas O’Kelly.
C.A. lisait le dernier Folco, Même le mal se fait bien.
M.R. lisait Maleficium, de Martine Desjardins.

mardi 23 février 2010

Un libraire, qu'est-ce que ça lit en hiver?



Après une enquête enlevante, digne d'un Pulitzer, je suis en mesure de vous dire ce que mes collègues lisent en ce moment.
Ce que certains de mes collègues lisent, devrais-je dire. Ou plutôt lisaient, peut-être, puisque j'ai fait cette enquête, cette plongée essentielle au coeur de l'esprit d'une fière race, celle des libraires, il y a plusieurs jours déjà.
Alors voici:


  • Anne-Marie: Blast (Manu Larcenet) ; La Québécoite (Régine Robin)
  • Christian G.: Coupable de tout (Herbert Huncke)
  • Christian V.: Underworld USA (James Ellroy)
  • Denis: La Patrouille de l'aube (Don Winslow)
  • Line: Le Journal d'Anne Frank
  • Marco: Blast (Manu Larcenet); Le Supplice des week-ends (Robert Benchley)
  • Paul-Albert: Les Cris (Claire Castillon); Quand les images prennent position (Georges Didi-Huberman)
  • Stéphane: En studio avec les Beatles (Geoff Emerick)
  • Vincent: Murakami, Volkoff.
Vous rendez-vous compte, lecteurs de votre chance? Savoir ce que des libraires lisent en ce moment même! Ou presque.

lundi 8 février 2010

Jerry


Je devrais être surpris d’être étonné : il y en a qui se réjouissent de la mort de J.D. Salinger.
Bret Easton Ellis aurait dit sur son twitter : «Yeah !! Thank God he's finally dead. I've been waiting for this day for-fucking-ever. Party tonight!!!» Je vous laisse traduire. Quant à Frédéric Beigbeder, il est plus modéré (que lui arrive-t-il donc, une surdose de porto-sushis?) puisqu’il ne se réjouit «qu’un peu». Parce qu’on pourra enfin lire ses manuscrits inédits, «ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle». (Ce qui voudrait dire que lorsque M. Beigbeder s’en ira pour l’éternel 5 à 7, ce sera une mauvaise nouvelle — imaginez une avalanche obscène de Beigbeder posthumes…) Et puis il y a tous ces éditeurs qui vont pouvoir s’en mettre plein la sacoche.

Moi, quand j’ai appris sur un RSS que Salinger était parti faire perdre patience à Saint-Pierre, je me suis senti triste. J’ai écrit une info sur le site de Pantoute où je tentais de prendre le ton faussement imperturbable de Holden Caulfield, mais c’était pour conjurer cette boule dans ma gorge. C’est vrai, c’était un vieil emmerdeur, mais quoi? S’il ne mangeait que des pois congelés pour déjeuner, est-ce que ça change vraiment quelque chose? On parle toujours du génie qui est proche de la folie, ce genre de crotte de taureau… Au fond, ce n’est que pour ranger l’artiste dans une petite case (cochez ici pour «folie ou schizophrénie»).

Si Holden Caulfield ne veut pas devenir un adulte, c’est qu’il a compris comment ils sont. Ils font des discours où ils parlent de grands principes, qu’ils trahissent après cinq heures. Ils sont lâches, ils sont mesquins, ils sont aveugles volontairement. (Je le sais, j’en suis un.) Ils ne pensent qu’à l’argent. Et The Catcher in the Rye n’est pas un livre, c’est un best-seller.

De la même manière c’est peut-être pour cela que Jerry, comme l’appelaient ses compatriotes de Cornish, New Hampshire, s’est retiré loin de la frénésie de Manhattan et de ses éditeurs, lancements, cocktails, revues mondaines et autres adulteries. Il était gentil et paisible, selon ces mêmes compatriotes; il votait aux élections municipales, allait aux réunions du Conseil, faisait ses courses au magasin général. Il traversait parfois le pont Cornish-Windsor pour aller dîner*, seul, au Windsor Diner, dans l’État d’à côté. Ce n’était donc pas, semble-t-il, un excentrique pur jus, un capoté bon à enfermer. Juste quelqu’un qui veut qu’on le laisse tranquille. Ce que les gens de Cornish lui ont accordé sans hésiter. Voyez : «Personne ne conspirait pour protéger son intimité, mais tout le monde protégeait son intimité — sinon il ne serait pas resté ici toutes ces années.» «La communauté le voyait comme une personne, pas seulement l’auteur de L’Attrape-cœur. On le respectait. Il était un individu qui ne voulait que vivre sa vie.» Quand un touriste littéraire demandait son chemin jusque chez Salinger, on l’envoyait se perdre, plus ou moins loin selon le degré d’arrogance du touriste.

Cornish était donc, peut-être, l’endroit idéal pour Jerome David Salinger. Loin des gens qui lui vouaient un culte dont il ne voulait rien savoir; loin de ceux qui voulaient jeter un œil sur ce qu’il écrivait; loin de ceux qui s’étaient mis en tête d’écrire une suite à Catcher in the Rye; loin des écrivains cocktail qui font leur carrière mondaine en distribuant leurs opinions surfaites sur l’œuvre de Salinger. Et désormais loin de tous ces éditeurs qui vont se battre pour publier le contenu de son coffre-fort.



(*) En France on dirait déjeuner.

mercredi 27 janvier 2010

VARIA

1) La plupart de mes lecteurs en viennent, mais sinon, si vous ne le saviez pas, La Librairie Pantoute est sur facebook. Bientôt mille «amis»!

2) En librairie on est en plein «entre deux» quelque chose. Ce n'est plus le temps des fêtes (bien que samedi dernier c'était notre party); ce n'est pas encore le Carnaval. C'est encore moins le Salon du livre (de Québec). Période creuse? N'exagérons rien. N'y a-t-il pas une sorte de rentrée? Et puis on prépare pour bientôt une soirée spéciale, restez à l'affût.

3) Le titre de cette chronique est aussi le nom d'une maison d'édition, qui est maintenant située dans l'immeuble même où était notre party. Ne pensez plus que je n'ai pas de suite dans les idées...

4) Les libraires de chez Pantoute Saint-Roch ont préparé une vitrine pour la Saint-Valentin, très jolie avec plein de rouge, bien sûr. C'est surtout pratique pour moi: je la vois tous les jours, comme ça je n'oublie pas d'acheter un petit quelque chose pour «l'être chair» avant le 16 février...

5) Quand le livre électronique sera généralisé, quid des séances de dédicaces? Est-ce que quelqu'un y a pensé?

6) Je DÉTESTE, en majuscules et italiques, les petits zezanges et les petites fefées qu'on s'envoie sur facebook.

mercredi 20 janvier 2010

L'enlèvement d'un libraire.


Au début de la semaine dernière, mon patron a pris sa voiture et il est venu me chercher sur la rue Saint-Jean, au su et au vu de tous, pour m'emmener en Basse-Ville, dans les bureaux de notre succursale Saint-Roch. Pour toujours, ou pas loin.
Là où se trouvent les gens qui travaillent sur nos sites. J'étais libraire et édimestre, me voilà devenu édimestre à temps plein.
Plus de caisse à compter avant de rentrer chez soi, plus de livres à «scanner», à déballer, à remballer, à etc. Plus de ma question préférée: «Est-ce que je peux vous poser une question?»

La décision était prise depuis longtemps, et pourtant: le choc. (Je précise que j'étais d'accord avec la décision.) Le choc de laisser des collègues avec qui j'avais des moments privilégiés, qui me manqueront. Ne plus entendre Marco dire «regarde-moi bien aller» ou «Yippee-ki-yay, m----». Ne plus voir Anne-Marie faire la moue, une moue si sincère, devant des BD au goût contestable. Plus de rire de Julie, plus de jeu de mots flamboyant par Christian G., plus de citation de film par Christian V. (je n'ai pas reconnu All About Eve, Christian), plus de fins de soirées du samed... bon d'accord, de ça, je ne m'ennuierai peut-être pas beaucoup.

Maintenant, que faire avec mon blog de libraire? En faire un blog d'édimestre? L'alimenter en souvenirs et anecdotes du temps où j'étais libraire (la semaine passée)? Me promener en librairie (celle du quartier Saint-Roch, où je ne trouve jamais rien*) pour voir les nouveautés, prendre le pouls, et espérer que quelqu'un me demande: «est-ce que je peux vous demander quelque chose?» Oui.

Bien sûr, il y aura toujours les courriels, comme aurait sans doute dit Madame de Sévigné. Des jeux de mots plus ou moins foireux, des liens internet ou des citations de films («nice marmot») se transfèrent facilement au bas d'un courriel. Mais un rire? Une moue (sincère)?

Et surtout: comment ferai-je pour taquiner Marco jusqu'à l'écoeurement quand les Vikings vont gagner la coupe Stanley?

Qui peut me le dire?

(*) Pas parce qu'il n'y a pas ce que je veux, mais parce que j'ignore où c'est placé...

mardi 29 décembre 2009

110 suggestions de lectures, moins sept.

Lorsqu'une année s'achève, il est un exercice auquel il est parfois difficile, parfois déchirant, toujours amusant de s'adonner: appelons cela une «rétrospective». Les médias en font une à propos de l’actualité, certaines émissions de télé relisent l’année passée avec le regard de l’humoriste et les gouvernements tentent de faire passer une liste de leurs (supposés) «bons coups» pour une rétrospective.

Chez Pantoute, l’exercice prend tout simplement la forme d’une liste des meilleures lectures de l’année. Des nouveautés, mais aussi des classiques entendus au sens très large. De la bande dessinée et des romans, des polars et des livres jeunesse, des livres de cuisine, des essais et de la science-fiction. Des livres, quoi.
Lorsqu’on regarde le résultat, on n’y voit ni consensus qui serait dicté par on ne sait qui, ni listing des meilleures ventes ou des prix littéraires. Et si vous voulez savoir «qui est in qui est out» en littérature en ce moment, il va falloir regarder autre part. Mais on décèle ici, je n’hésite pas à le dire, une passion infatigable pour la lecture.

Voici le temps de partager cette passion. Onze libraires proposent leurs dix (ou huit, ou douze) meilleurs livres de l’année 2009. Sept titres — Un pays à l’aube, Ken Games, Les déferlantes, La solitude des nombres premiers, Histoire d’un mariage, La pluie avant qu’elle tombe et Seul le silence — ont été choisis deux fois. Ces sept titres pourraient, ou ne pourraient pas, constituer une sorte de «palmarès des palmarès» des libraires de Pantoute.
Cette liste de playlists peut en tous cas servir de catalogue raisonné de suggestions. Pour (presque) tous les goûts. La voici donc.


JULIE:


ANNE-MARIE:


STÉPHANIE:


CHRISTIAN G.:


CLAIRE
SF & Fantastique:
«Autres»:


CHRISTIAN V.:


ANNE:


ALICE:


DOMINIQUE:


SOPHIE:


STÉPHANE:

mardi 22 décembre 2009

Neige, cadeaux, jpeg et projets pour le blog.

Il neige, c'est bientôt Noël, ce qui veux dire que nous libraires (comme tous ceux qui travaillent dans le commerce au détail) auront bientôt besoin de nous reposer, mais pas beaucoup de temps pour. Il n'y a pas si longtemps que j'ai réussi à me guérir de l'impression que j'aurai le temps de lire une douzaine de livres pendant les fêtes. Comme quand j'étais étudiant, entre deux sessions. Un déjeuner-dîner, une petite partie de Quelques arpents de pièges, un livre suivi d'une petite sieste, et on recommence: un souper avec les restants de celui de la veille, etc.

Comme cadeaux, je vous souhaite des livres, mais pas pour moi. Je viens d'en recevoir deux qui attendent après moi: À bout de course (Richard Stark) et Underworld USA (James Ellroy, à paraître seulement en février). Deux fois Rivages, je sais; je dis merci à mon représentant préféré. (Cette publicité a été retenue et payée, à l'aide de services de presse, par Monsieur Vincent Poitras.)

Je ne suis pas champion pour faire des voeux, alors je publie ici la petite carte que Pantoute et Les librairies indépendantes ont concoctée:



Si tout va bien, je pourrai après ces fameuses fêtes publier un peu plus souvent dans ce blog que, je le confesse, j'ai un peu négligé dernièrement. Parmi les sujets possibles pour d'éventuelles chroniques: les sacs de plastique, une reine de beauté et les couvertures de livres de mauvais goût (avec exemples à l'appui, nous sommes à l'ère du multi-média, non?).

mardi 1 décembre 2009

«Quin, ton christ de mouton!»

Il y a déjà plus d’un mois que «l’aventure superflue» (*) de Tintin est parue. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Colocs en stock n’a pas fait l’unanimité. Quoique — je n’ai pas fait le tour, mais il semble qu’il fasse l’unanimité dans la déception. On s'est fait faire la «passe du bonhomme Giroux», pas à peu près.


On a beaucoup parlé de cette langue bizarre, inventée par un sociologue, mais que personne ne parle. S’il s’agissait d’une langue poétique à la Réjean Ducharme ou Victor-Lévy Beaulieu, où l’invention produit une musique nouvelle, surprenante, inusitée mais qui fait sens, qu’on peut comprendre, apprivoiser, faire sienne. Mais un ramassis d’expressions dont plusieurs sont (j’imagine) des régionalismes de régions très restreintes, ou des trucs que plus personne ne dit! Quand avez-vous entendu pour la dernière fois quelqu’un dire qu’il allait aux vues? Qu’il s’était pâmé en regardant… (j’allais dire le film)… la vue? À moins qu’on ne parle ici du panorama.


Trouvant comme moi que les mots abrier et désabriller sont parmi les plus beaux de la «langue québécoise», notre «traducteur» a tout fait pour les placer. Page 43, un grand bruit réveille le capitaine Haddock. Le moteur «marche pus», le navire dérive: urgence! Que crie Haddock? En français, il dit «debout, là-dedans!!!», mais en québécois? «Désabrillez-vous!!!»

Bien entendu. Il y a le feu chez vous, vous ne penserez pas à crier au feu ni réveillez-vous (trop français, sans doute), mais en criant désabrillez-vous! vous manifestez votre différence linguistique, même dans l’urgence. Même si ça vous fait paraître con comme un tapis de souris.

Cette initiative est d’autant plus énervante qu’elle a été faite avec une apparente légèreté. En y réfléchissant, on se rend compte que cette légèreté, ce truc fait «juste pour le fun» est même légèrement insultant pour les Québécois.

Chose curieuse pour un éditeur de BD, on semble avoir oublié que celle-ci fait partie de la littérature. Je ne suis pas universitaire (je l’ai si peu été), mais la bande dessinée, comme le polar ou la SF, font pour moi partie de la littérature, appelons-la paralittérature, ou sous littérature, ou littérature populaire s’il le faut. Même un mauvais roman participe de la littérature, qui est en gros un art de la fiction écrite. Mais est-ce de la langue écrite qu’il s’agit ici?


Plutôt de la langue orale (mal) transcrite, pleine d’apostrophes, d’élisions, de mots écrits au son. Sans doute pour rendre la «particularité» (mot qui sonne ici comme «parler colon») de notre belle langue. «A é ben bonne, celle-là!» aurait très bien pu, aurait dû être écrit «Elle est bien bonne», à la rigueur «elle est ben bonne». Le lecteur fait dans sa tête les différentes sonorités, non? Comme avec la «version française», d'ailleurs. On ne fait pas de la littérature au son, si? Prenez Michel Rabagliati. Y a-t-il plus «bande dessinée québécoise» que sa série Paul? Pourtant, il y a chez lui assez peu de mots transcrits au son : «J’viens d’en voir sauter une belle!» (Paul à la pêche). À quoi bon écrire «j’viens d’en ouère sauter une belle?» Pour enfoncer le clou, rouillé, du pittoresque à tout prix?


Plusieurs on fait remarquer, aussi, l’aplatissement des niveaux de langage que cette «traduction» a entraîné. Tout le monde, ou presque, tend vers le même niveau de langue quand il parle en québécois. Même Bianca Castafiore, le rossignol milanais, pousse un petit «Ben voyons donc! Chus pas malade!», elle qui parlait case précédente un français on ne peut plus international. Que dire des personnages Arabes qui parlent ici et là un québécois que ne renierait pas Hi! Ha! Tremblay : «Chus p’têt dins patates». On se dit bien sûr, il n’ont pas étudié à Paris ou au collège français de leur pays natal (colonisation oblige), mais probablement à la Polyvalente Saint-Raymond, avant qu’on ne change son prénom en «École Secondaire», même si elle restera toujours «la Poly».


Tout le monde peut parler «québécois», c’est facile, c’est drôle, c’est juste pour le fun.

Alors, pourquoi Colocs en stock, pour qui? Pour les touristes français, pour qu'ils puissent se moquer (gentiment) de nous. Laissez-moi vous expliquer un peu.
Bien sûr, quelques collectionneurs l’ajouteront à leur bibliothèque (un exemplaire pour lire, l’autre pour «collectionner», c’est le phénomène «première édition»), quelques finfins l’achèteront à leur beau-frère pour se taper les cuisses entre deux matchs (c'est le phénomène «Slap Shot») mais, essentiellement, Colocs en stock est fait, peut-être son «auteur» l’ignore-t-il, pour se moquer des québécois et de leur langue si charmante.

Je ne veux pas dire ici, ni ailleurs, que les touristes français sont des gens méchants. Pas du tout : je crois qu’ils sont sincères pour la plupart dans leur affection pour notre bel accent, pour notre cuisine typique et notre faune sauvage. Mais pas de quoi en faire une aventure, fût-elle de Tintin et d'ailleurs, que faire d'un tel Tintin?

Rire. Rien d’autre.


Connaissez-vous La parlure québécoise ? Il s’agit d’un best-seller sur «notre» langue, dont le sous-titre est La référence des touristes. Lorsqu’un touriste français nous demande un livre sur les expressions québécoises, nous leur montrons l’excellent Dictionnaire des expressions québécoises de Pierre Desruisseaux (un poète qui en connaît un rayon sur la langue) ; nous leur proposons à la rigueur Le québécois pour mieux voyager (plus pratique que la Parlure et qui a le mérite d'être beaucoup plus réaliste) ou un autre ouvrage de qualité. Mais, presque invariablement, ils choisissent La parlure québécoise, parce que leur guide leur en a parlé. Après tout c’est la référence des touristes!


J’ai longtemps pensé que c’était ma faute, moi qui présentais le Desruisseaux comme un livre sérieux. J'aurais dû dire: un livre sérieusement fabriqué, mais amusant quand même, comme le sont, très souvent, les expressions populaires. Le problème avec La parlure, c’est qu’on ne peut rien faire avec, ou presque. Le consulter? Difficile, ce n’est pas un dictionnaire, et il n’a pas d’index. Il est regroupé par «thèmes» tels que «abus de confiance» (se faire avoir, se faire amancher), «exclamation » (on est vite sur nos patins) ou «vantardise» (c’est un frais chié). Notez que j’ai choisi volontairement les exemples les plus justes.


Bref, la seule chose qu'on peut faire avec cette Parlure, c'est rire. Non que ce soit bien grave de rire en général, ni de rire d'expressions populaires en particulier. Ce qu'il y a, c'est qu'on peut très bien le faire avec un ouvrage sérieux (mais drôle), dans lequel quand on cherche, on trouve.


Maintenant si on y pense de façon purement pratique, pourquoi traduire un Tintin en québécois? Les Québécois lisent le français, même s'ils le parlent drôle, mais les Français ne lisent pas (ou peu) le québécois. Nous avons lu les auteurs hexagonaux, vu les films de Louis de Funès et de Pierre Richard, écouté leurs chansons, alors Tintin! C'est d'ailleurs par là qu'ont commencé plusieurs d'entre nous à lire tous seuls.


Voici donc où je voulais en venir. Colocs en stock conforte les touristes, certains touristes, dans leur vision de la langue québécoise comme une curiosité, du genre comique. Combien de fois me suis-je fait demander Le Petit Prince en québécois? 100? 200? Sans doute entre les deux. Je trouvais la question stupide, je répondais poliment que ça n'existait pas, drôle d'idée d'ailleurs, à qui s'adresserait ce truc: «Enwèye, dessine-moé donc un mouton!» Maintenant on va me dire, avec raison en plus, qu'il y a bien un Tintin en québécois, alors pourquoi pas?

C'est si charmant.



(*) L’expression est de Nicolas Houle, voyez son texte ici. Voyez aussi le texte de Odile Tremblay, un texte sur le site de Radio-Canada et un autre sur le site l’actualitte pour faire un petit tour de la question.

mardi 10 novembre 2009

Des lettres et des nombres.

C’est curieux la vie de libraire. On s’y jette par amour des livres, des mots. Bon, parce qu’on a besoin d’une job, d’accord, mais vous voyez. On a passé des nuits blanches à ne pas étudier à cause de Fondation. On est tombée amoureuse des personnages de Jane Austen ou de Anne Rice. (Avez vous Luanne Rice?) On a cherché le temps perdu avec Marcel, on a été ébloui par Ducharme ou Boris Vian, Lieberman ou Jean-Jacques Pelletier ou Richard Brautigan. Donc on s’engage, comme ils disaient. Libraire, c’est une job culturelle, une job d’intello.

Et on se retrouve à parler de numéro de factures, de total à payer, de pourcentage de taxes («il n’y a pas de TVQ sur les livres, Monsieur, seulement la TPS»), de numéro de fax, d’heures d’ouvertures, de numéro de commande ou de client, ou de saisie ou de réservation. On compte la caisse, on tente d’équilibrer les comptes après une longue journée de travail. Numéro de téléphone, s’il vous plait? Y a-t-il un numéro de poste, une extension? Pourcentage de rabais de la carte-fidélité, prix de détail, remise du libraire (pour ranger la proverbiale tondeuse du libraire), frais d’expédition, nombre de boîtes dans cet envoi, avez-vous vu la «deux de deux» quelqu’un?, voyez sur l’étiquette à côté du numéro d’expédition il y a le numéro de facture, à quel numéro je peux vous en faxer une copie?
Des chiffres, des nombres, des numéros!

Le pire, c’est quand on nous dit qu’en face (endroit fictif), ils vendent tel ou tel livre cinq piastres de moins et qu’on nous demande si «on peut faire quelque chose avec ça». Parce qu’on est libraire, un peu, beaucoup et surtout par amour des mots et des phrases et des livres, on n’a pas envie d’aller expliquer qu’en face (endroit fictif), ils ont édité, puis imprimé, puis distribué le livre qu’il vous vendent cinq piastres moins cher. Heureusement, il s’agit là d’un cas plutôt rare.

Heureusement, chaque jour des clients nous demandent de leur parler de livres! Ils ne veulent pas nous dire combien ils sont prêts à dépenser pour lire, ni le nombre de pages ou d’heures de lecture dont ils ont besoin. Alors on leur parle d’une écriture fine, d’une intrigue prenante, d’une poésie dont la musique nous a frappé — ça faisait mal, et ça faisait du bien.
On leur parle d’un bon livre, et ils sont heureux.
Comme je disais, c’est curieux la vie de libraire.

vendredi 23 octobre 2009

La fièvre du baseball

Le calendrier dit 23 ootobre, mais regardez dehors (surtout si vous êtes à Québec), c'est le printemps! Et qui dit printemps dit baseball, bien sûr.

L'Époque glorieuse des Expos est sorti il y a une couple de semaines. (J'attend mon service de presse avec impatience, je n'ai pas le salaire d'Alex Rodriguez pour me payer tous les livres qui m'intéressent.) Et le tome 1 de Il était une fois les Expos, qui devait sortir en avril, arrive sur nos tablettes début novembre.
Du vrai bouillon de poulet pour l'âme du libraire amateur de balle! Je pense de plus en plus sérieusement à fonder un club avec les deux autres.

Pour d'autres livres sur le baseball, une brève de mai dernier que j'ai publiée sur le site de Pantoute.

mardi 20 octobre 2009

Court, mais bref.


Je crois que c’était aujourd’hui la dernière liste de finalistes du Femina. Il n’y a plus Mavrikakis, ni Bissoondath, mais encore Laferrière. Let’s go Dany!


Attention : ne pas confondre L’Élégance du jardinier et La constance du hérisson ! Authentique, ou quasiment.

Dans un intéressant article du toujours pertinent Pierre Assouline, on découvre que le pouchigne ne serait pas la seule façon de publier un roman. (Naïf toi-même!)

Mon livre a été, ou va être sous peu pilonné. Un vilain mot pour une triste patente. Quand je le rééditerai je l’appellerai Œuvres complètes tome 1, ça en jette quand même plus.

« Même avec un office, on peut atteindre le fonds. »

200 blogueurs se sont donnés le fou défi de recenser tous ou presque tous les livres de la fâmeuse « rentrée ». (On n’en sortira jamais.) C’est par ici.

Samuel, pensant sans doute au pool de hockey pendant qu’il rangeait la section bio : « J’y score d’instinct une couple de goals. » :-D

Il y a des calembours qu’on attend longtemps. Avez-vous Les pieds sales? (« Oui, et les italiques sont importantes. »)

La citation du jour, elle est de Bertrand Visage : « Le métier d’éditeur repose sur un lent travail d’attention qui n’a rien à voir avec la recherche du sensationnel » Sans blague! Est-ce A) de l’ironie; B) de l’humour involontaire ou C) de pieux désirs?

Qui peut me dire à qui j'ai piqué le titre de mon billet?

vendredi 9 octobre 2009

Our Man In Comics, trésor national.


Quand j’ai trouvé récemment qu’on allait publier le tome 2 d’une biographie de P.E. Trudeau sous le titre Regardez-moi bien aller, j’ai eu un petit choc. C’est évident : ils ont volé la formule à Marco. Marco, c’est-à-dire Marco Duchesne, libraire chez Pantoute depuis… oh! depuis l’époque du baladeur. Vous savez, celui avec des cassettes?
Bon, d’accord, l’expression est à tout le monde, en un sens. «Regardez-moi bien aller!» Regarde-moi ben. Tu penses que j’y arriverai pas? Tu te demandes comment faire au juste? Tu veux des trucs d’expert? Regarde-moi bien aller. L’expression est à tout le monde, mais elle est plus à certains qu’à d’autres. Elle est à Marco, il l’a faite sienne. Je le sais, j’étais là; pas au début, d’accord, mais les dernières années. Et je l’ai bien regardé aller.

À l’heure on l’on manque cruellement de libraires d’expérience, mettons plus de six mois, Marco Duchesne est une sorte de trésor national. Il est arrivé chez Pantoute en 1988. Lui et une bande de chums du programme de littérature de l’Université Laval font une virée dans le Vieux Québec; ils trouvent la librairie bien belle. Comparé à aujourd’hui, elle était un peu petite, il y a eu deux agrandissements depuis, mais c’est vrai qu’elle est belle. Marco a un peu d’expérience comme libraire, dans le cadre d’une job d’été à Alma, à la librairie Harvey. Il se dit que ce serait bien d’y travailler, et l’affaire se conclut bientôt.

Depuis, il a coulé de l’encre chez les imprimeurs et Marco a à peu près tout fait, chez Pantoute. «Informatisation» des livres, commandes, réception des stocks, achats et bien sûr étiqueter, placer, déplacer, cueillir, retourner, emballer, vendre… des livres. Il a été… comment dit-on? assistant-gérant, ou gérant de plancher, ou une autre appellation du genre et qui veut dire celui qui dirige les troupes, les répartit sur le plancher et partage entre elles les tâches. J’ai trouvé : le quart-arrière. (De nos jours c’est Christian Girard notre quart-arrière; d’ailleurs moi je ne sais pas, mais on dit qu’il ressemble à Brett Favre; sauf que c’est une autre histoire.) Aujourd’hui, vous verrez moins Marco, c’est parce qu’il travaille dans l’ombre, surtout à la réception. Non, il n’est pas réceptionniste, il reçoit les «marchandises», les livres, à son bureau dans l’entrepôt.

Mais surtout, surtout, Marco est un expert en bandes dessinées; en fait il est le spécialiste de la BD. «Our man in Comics», notre agent en BD. C’est, peut-être, sans doute, ce qui «fait» Pantoute de la façon la plus évidente, ce qui constitue notre image la plus durable: Pantoute, librairie spécialisée en BD. Ce rôle a changé avec le temps, il est moins avant-gardiste qu’il était, je dirais, mais il est toujours bien présent. Il y a encore beaucoup de gens qui vivent dans une beaucoup plus grosse ville qui nous disent qu’il trouvent chez nous beaucoup de livres (surtout des BD) qu’ils ne trouvent pas là-bas. Cela tient bien sûr à une certaine façon de gérer les stocks (que d’autres que nous pratiquent, je suppose) mais pour la BD, cela tient, surtout, en un mot: Marco Duchesne. Remarquez, il n’y a pas que nous qui en profitons; les bibliothécaires de Québec sont bien contents de l’avoir pour les diriger dans cette jungle bibliographique. Et puis les lecteurs et clients, les auteurs et dessinateurs, même les journalistes lui demandent conseil.
Après avec lu dans sa jeunesse les séries classiques de la BD belge et française, il s’est intéressé depuis son arrivée en librairie à presque tous les genres de BD; mais c’est le «comic book» de super-héros qui semble bien être aujourd’hui sa plus grande passion.
Sa plus grande passion dans le neuvième art, veux-je dire, parce que hors boutique, beaucoup d’autres choses passionnent Marco. Il y a une petite anecdote que lui et moi avons en commun. Comme moi, Marco a voulu devenir écrivain après avoir lu Le monde selon Garp. Mais s’il n’a pas eu le temps de le devenir, c’est probablement par manque de temps, ou d’avoir mis ses énergies ailleurs. Quand je l’ai connu, j’avais vécu une phase intense d’intérêt pour le jazz (et d’achats de CD). J’avais fait de nombreuses lectures sur le sujet (livres, magazines) et si j’avais encore beaucoup à apprendre, peu de gens pouvaient m’en montrer beaucoup. Et pas juste parce que peu de gens s’intéressent au jazz. Sauf que Marco avait vécu sa période intensément jazz lui aussi, mais en dix fois plus intense, comme tout ce qu’il entreprend. Ce qui fait qu’il m’en a montré tout un coffret, et qu’il continue à m’en montrer toutes les semaines. Depuis quelques années, il a mené son goût pour la musique jusque devant un micro de CKRL. En plus d’apprendre à jouer de la trompette. Et puis il y a le football (américain), ce sport qui pour Marco ne se pratique qu’en vert et jaune. Puis le cinéma. Là j’arrête, parce que je suis fatigué d’énumérer tous ces domaines où Marco n’a pas arrêté de m’en montrer. (Était-je donc si ignorant avant de le connaître? Ne répondez pas, s'il vous plaît.)
Côté lectures, il a sans doute un peu délaissé les Romantiques Allemands pour continuer de défricher le vaste monde de la BD, pour le plus grand bonheur de tous ceux qui en profitent, mais il s’intéresse encore à la littérature américaine, et restera toujours un fan de Voltaire.

Parler de Marco Duchesne comme un collègue, un libraire, un gars avec ses talents reliés au monde de la librairie, est une chose. Mais Marco est surtout pour moi un ami, l’un des plus précieux que j’ai eu dans ma pas si courte vie. Si dans son travail il est drôle, généreux, agaçant (dans le sens de taquin), dans la vraie vie, pas la vraie vie des politiciens de droite-centre mais la «vraie vraie vie», il l’est immensément plus.
Marco n’est pas dessinateur (pas à ma connaissance), sinon on peut parier qu’il aurait déjà pratiqué la BD. Il a bien fait quelques planches de «photo-bd» avec son kodak numérique; j’ai d’ailleurs passé une partie non négligeable de mon temps à le convaincre de les publier sur le web. Et à publier aussi ses commentaires sur le jazz et sur la BD pour que plus de gens profitent de sa générosité. Je sais comment ça pourrait s’appeler : Regardez-moi bien aller.

mardi 29 septembre 2009

Des lecteurs nécrophiles?

Juste un petit billet d'humeur.
Chaque fois que ça arrive, qu'on me demande si «vous avez des livres de Nelly Arcan» , je me questionne, je sens un petit malaise, quelque part entre le ventre et la poitrine. Pourquoi veut-on lire tout à coup les livres d'un mort, d'une morte?
Les livres de Nelly Arcan étaient-ils inintéressants il y a une semaine? Vont-ils disparaître demain? Avec tout le battage publicitaire qu'il y avait à chaque sortie de ses livres, à chacune de ses apparitions télévisées, si un lecteur potentiel était intéressé, je veux dire intéressé pour de vrai à ses livres à la prose dévastée, comment n'avait-il pas encore trouvé le temps de lire ses livres?
Et si non, si pas intéressé, pourquoi la lire maintenant?
Avouez que ça ressemble bien à un intérêt morbide. Oserai-je le dire — cannibale.

vendredi 25 septembre 2009

Brèves brisées.

La «rentrée», c’est quand plein de livres «sortent». Étonnant, non?

«Libraire doit être un métier physiquement éprouvant.» C’est pas moi qui le dis, c’est Didier Fessou. Comme quoi.

L’Énigme du retour, de Dany Laferrière, est paru depuis une semaine, dix jours. Il est déjà en réimpression. Qu’est-ce que ce sera s’il gagne un de ces fameux prix?

Avec l’arrivée des ouvrages de Sénécal, Beigbeder, Nothomb, Ruiz Zafón, Laferrière, Larue, etc. la tranquillité en librairie, si tranquillité il y avait, est terminée.

C’est peut-être la même chose partout dans le monde, je ne sais pas, mais beaucoup de traducteurs et/ou (éslashou) éditeurs français ont un petit problème avec la traduction des titres. Le premier tome de la série vampiresque de Melissa de la Cruz est intitulé Blue Bloods dans la langue de Shakespeare. En français? Les vampires de Manhattan. Et pourquoi pas, en effet? Là où ça se gâte, c’est quand le deuxième opus (Masquerade) s’appelle Les sang-bleu dans la langue de Molière. Pourquoi faire compliqué quand on eût pu faire encore plus compliqué?
Un truc semblable est arrivé à Alfred Hitchcock. Secret Agent (Quatre de l’espionnage dans la langue de De Funès), Sabotage (traduit Agent Secret) et Saboteur (devenu Cinquième colonne). Imaginez quand il n’y avait pas wikipedia pour démêler tout ça!

Ulysse, personnage de l’Iliade, héros de l’Odyssée, a passé vingt ans en exil avant de rentrer enfin dans sa patrie. Ulysse Distribution, un éditeur et distributeur spécialisé dans le livre de voyage, porte donc un nom bien choisi. La situation s’est corrigée ces dernières années mais, pendant longtemps, ils ont été le distributeur avec le plus petit délai pour les retours (six mois). Amusant paradoxe, non? Imaginez Pénélope attendre 180 petits jours pour commencer de folâtrer avec l’un ou l’autre de ses prétendants... Me semble qu’ils devraient respecter l’oeuvre d’Homère et nous donner un droit de retour de 20 ans, non?

«Y’a trop de Troyat. J’ai p’us de Péju. On a eu trop de Naruto. Vendetta ? On en vend des tas» — ‘scusez-la.

Citation du jour : « Quoi? Vous venez de découvrir que la narratrice de Folle est une femme seule et suicidaire. Bravo! Vous êtes mûrs pour un doctorat en littérature. » (Pierre Cayouette, sur son blogue à L’Actualité.)

mardi 15 septembre 2009

Livraisons et sentiments


«C'est quand qu'on va où?» — Renaud

L’un des mystères les plus poignants du monde du livre, du monde tout court même, est la date de sortie des livres. Une partie non négligeable de notre temps de travail est consacrée à répondre à cette question : quand est-ce qu’il sort le livre de Untel? La réponse est facile : on n’en sait trop rien. Aucune idée. Chépas. Dis-moi-le, m’en vas te le dire.

Comment ça se fait, se peut-il? Même réponse, à peu près. Dans le «comment ça se passe au juste», je commencerai par les exceptions. Parfois, rarement, on sait quand sort un livre. On connaît la date précise, longtemps d’avance. Pour un nouveau tome d’Harry Potter, par exemple.
Mais où vous en allez-vous donc? Je n’ai pas dit qu’il allait y avoir un nouveau H.P., c’était juste un exemple, c’est pour montrer la rareté de.
Sinon, il y a bien sûr moyen de savoir, plus ou moins. Plus ou moins moyen, de savoir plus ou moins. Chez le distributeur, quelque part dans le ventre d'une bête à puces, il y a la date de sortie d’un livre. Autrefois, on pouvait téléphoner (on peut sans doute encore, il y a longtemps que je n’ai pas essayé); de nos jours, on peut aller voir sur le site internet. Mais là, problème : certains distributeurs ne mettent pas leur base de données à jour très souvent. Je ne leur en fait pas le reproche; l’informatique étant un monstre imprévisible qui se nourrit de son propre cadavre, tout arrive toujours trop vite. Une base de donnée ne tombe pas du grand bleu; la mettre à jour constamment c’est long, c’est compliqué, c’est cher. Mais nous, libraires, on dépend de. Début juillet, par exemple, L’Élégance du hérisson était annoncé sur le site du distributeur comme «à paraître le 25 juin». Voilà un bel exemple d’une base de données qui n’est que mollement utile.
Même quand elle est mise à jour, l’information reste au mieux suspecte. Quelle est cette date, au juste? Celle de la facture? Donc, comptons un jour ou deux de plus pour que la boîte arrive chez le libraire.
Il y a bien un «catalogue» électronique, j’ai nommé Memento. Un site internet pour les libraires qui nous donne presque tous les livres disponibles, à paraître, et plusieurs épuisés. Mais ses infos viennent pour la plupart des distributeurs… Parfois vous avez la date européenne au catalogue, parfois la date canadienne. Un beau ragoût de flou et de confusion.
Il y a aussi les distributeurs qui n'envoient pas les nouveautés partout en même temps. Je ne résiste pas à l'envie d'en nommer un: Messageries de Presses Benjamin.
Quant à l’heure d’arrivée… ce n’est pas juste pour finasser que j’en parle. Imaginez un lecteur, un client, impatient de recevoir le prochain Anne Robillard. On lui dit qu’il sort le 15 octobre, disons. Ça veut dire qu’il débarque du camion ce jour-là. (Le livre, pas le client.) Mais qui connaît le trajet du livreur? Et s’il arrive à 15 heures, qui dit qu’on aura le temps de placer le Anne Robillard ce jour-là? Trop souvent trois quatre envois d’office (les nouveautés) soient livrés le même jour. Quelle librairie peut assumer cette avalanche? Au mieux, on mettra quelques heures, une journée pour que tous ces livres se retrouvent à portée de client. Au pire, ça pourrait prendre quelques jours. Alors si le client impatient a un avion à prendre le 15 avec son Chevalier d'émeraude tome n, et bien c'est patate.

Si je ne me trompe pas, c’est différent dans le monde du disque et du DVD. C'est moi, ou tout sort le mardi? Je crois même que si vous allez le mardi, à l’ouverture, chez un disquaire, vous trouverez plusieurs des nouveautés du jour bien placées, ou en voie de l'être. Mais, toujours si mes informations sont exactes, les CD et DVD sont parvenus chez le disquaire deux trois jours avant, pour lui donner le temps de se virer de bord. Créer la fiche informatique, faire la réception d'inventaire, toutes ces sortes de choses. Cela arrive aussi en librairie, mais pas très souvent. Quand il y a un nouveau Harry Potter, par exemple.

Ce n’est pas le problème du siècle, sans doute; toutefois, trop souvent cette situation nous fait mal paraître. Ce n'est pas drôle d'avoir toujours l'impression d'être le dernier à savoir, genre «cocu du village».

vendredi 11 septembre 2009

La rentrée: retour sur, et précision(s).

Où un qui se croyait sceptique se demande s'il n'est pas plutôt naïf.

Pierre Assouline signe un fort intéressant texte dans Le Monde du 10 septembre: Petite typologie des «invisibles». Les «invisibles» en question étant tous ces livres dont personne ne parlera: «Appelons-les "les invisibles". Ce sont les oubliés de la rentrée. Ceux que nul ne verra et dont nul ne parlera. Ils constituent le gros du bataillon des 659 auteurs de l'automne. On peut aussi les appeler "les inaudibles" : ils sont un demi-millier environ dont la voix se perdra dans les limbes de la librairie et des médias. On le sait à l'avance, mais cela ne les décourage pas, chaque année à la même époque, de se précipiter en masse vers ce guichet-là.»

Cela fait écho à mon billet du vendredi 28 août, où je me plaignais un peu de l'aspect tempétueux de la rentrée littéraire. Mais il y a une question secondaire qui me turlupine, c'est celle des livres qui resteraient dans les boîtes. Appelons ça la «légende de l'arrière-boutique». Assouline en parle dans son texte: «tous ne sont pas sortis des caisses, tous ne sont pas rangés en rayon, tous ne sont pas exposés sur la table». Une amie facebook de la librairie en parlait aussi, à l'occasion de mon billet qui disait un gros bof! à la rentrée.

Les légendes urbaines se propagent en grande partie grâce à la naïveté de leur public. Mais peut-être après tout suis-je le naïf dans cette histoire. Peut-être y a-t-il des librairies qui peuvent se permettre de recevoir des livres (qu'il vont devoir payer, faut-il le souligner) et de les laisser dormir dans des caisses. Le plus empoté des gestionnaires sait qu'il valait mieux ne pas les commander pour commencer.

Peut-être, peut-être, la légende vient-elle d'un auteur qui, ne voyant son livre ni «exposé sur la table», ni «rangé en rayon», a conclu qu'il était resté dans sa caisse. Mais voilà une autre explication: le libraire n'en a peut-être pas commandé! Sur 659 nouveautés au rayon roman français, combien une librairie «normale» peut-elle espérer en commander, recevoir, informatiser, étiquetter et placer? (J'allais oublier: vendre.) Alors si vous êtes un auteur méconnu, peut-être certaines librairies ont-elles préféré ne pas commander d'exemplaires de votre livre.

C'est triste? Oui. Le libraire est-il ainsi coupable de négligence envers l'auteur-méconnu- qui-aurait-bien-eu-besoin-de-ses-encouragements? Je prêche sans doute pour ma paroisse, mais je suis convaincu que non. Nous sommes d'accord sur le principe: les «petits» livres méritent leur place. Mais 659 livres, petits ou gros, c'est trop. Alors il arrive qu'on doive faire de douloureux choix; en fait, l'achat des livres en général et des nouveautés en particulier est pour le libraire une longue série de douloureux choix. Sans oublier que nous ne sommes que l'avant-dernier maillon d'une chaîne. Jusqu'à quel point l'éditeur, le diffuseur, le représentant croyaient-ils en ce livre-ci? Combien le distributeur québécois en a-t-il reçu de copies? Etc.

S'il y a une seule chose que j'ai apprise dans mes cours de philo du CÉGEP, c'est celle-ci, qui était mieux exprimée à l'époque par le prof dont j'ai oublié le nom: si tu veux prouver qu'une chose existe, tu n'as qu'à en montrer un exemple, mais si tu veux prouver qu'elle n'existe pas, il va falloir que tu regardes partout pour être sûr qu'elle n'est pas cachée sous un tapis, réel ou conceptuel. Je ne me risquerai donc pas à dire qu'il n'y eut jamais de livres restés dans les caisses d'une arrière-boutique. Mais disons qu'en douze treize ans de fréquentation de l'envers du décor librairiesque, je n'ai rien vu de tel. Il est vrai que je n'ai que deux librairies sur mon CV. Tout de même, jusqu'à preuve du contraire, je considérerai que le «livre dans la caisse» est comme le chat que la vieille dame a voulu faire sécher dans le micro-ondes.